Le jardin

Poster le :4 novembre, 2008
Par Maison chic  
Un Article sur la maison et l'habitat sur :
jardin

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LA DÉMOCRATISATION DU JARDIN
La décadence des jardins au 19e siècle est accompagnée, assez paradoxalement, d’un autre processus : leur démocratisation. Il est difficile de dire lequel des deux phénomènes est ici déterminant. Au Japon, seul pays où le jardin est répandu dans toutes les classes de la société, le jardin ne connaît aucune décadence avant l’époque de l’industrialisation, l’ère « Mensi ». Quand le pays se modernise, et adopte les techniques occidentales, les jardinets deviennent rapidement très laids.
En France, jusqu’en 1850, les paysans et les maçons de village créent de véritables merveilles. Mais, avec l’industrie et la répartition progressive des revenus, les horreurs des villes se répandent jusque dans les plus petits hameaux. La révolution industrielle est contemporaine d’un affadissement général du goût qui atteint aussi bien les châteaux que les chaumières. De 1850 à 1939, c’est le triomphe de la médiocrité.
On mettra à part, sans doute, les créations originales de l’impressionnisme, du moderne style, et des mouvements nés après la Première Guerre mondiale (1925). Mais dans le domaine des jardins, l’impressionnisme et le moderne style n’ont guère produit qu’une profusion de statues, de bassins, de palmiers et de yuccas. Les jardins, ici, sous prétexte d’être « modernes », sont d’une raideur funèbre, qui n’exclut d’ailleurs pas des formes à la fois bizarres et éclectiques (comme on peut encore en voir dans les jardins du palais de Chaillot), mêlant sans aucune rigueur les volumes et les ports les plus variés.

L’affadissement du goût, le bouleversement de la société et des techniques : ce sont des faits absolument nouveaux, qui n’ont aucun équivalent dans l’histoire. Le jardin, autrefois réservé aux classes privilégiées (la noblesse, le clergé et la grande bourgeoisie), se répand maintenant dans toutes les couches de la population. Par là, il se trouve confronté aux problèmes qui sont propres à notre temps.

LES JARDINIERS
Que deviennent, dans ce bouleversement, les jardiniers? Ces jardiniers à tablier bleu, chaussés de sabots et coiffés d’un chapeau de paille? Comme les femmes de chambre, les valets, les cendrillons, ils appartiennent à une époque révolue. On peut certes le regretter, on peut même soupirer après la prétendue « Belle Époque », le fait est là : la race des jardiniers est en voie de disparition. Ceux qui survivent ont déjà connu deux guerres. Quant aux jeunes, ils s’intègrent généralement aux grandes entreprises, auxquelles on recourt de plus en plus pour les gros travaux. Le jardinier « à demeure » n’existera bientôt plus du tout. Cela ne signifie pas, bien sûr, que les jardins n’ont plus besoin d’être entretenus Le problème est semblable à celui que pose l’entretien des maisons.

L’équipement ménager moderne est devenu courant, lorsqu’un travail important s’impose, de faire appel à des entreprises de nettoyage spécialisées.

L’outillage du jardinier amateur moderne est sans commune mesure avec celui dont dispose le jardinier traditionnel. Il permet d’éviter de nombreuses tâches manuelles et de gagner beaucoup de temps; les outils de jardinage sont mieux adaptés à leur rôle, plus rationnels, plus légers, et aussi plus nombreux. Les gros travaux saisonniers d’automne, de printemps et de fin d’été, les plantations les plus difficiles et les remaniements : tout cela est désormais confié à des entreprises spécialisées, dont le nombre, depuis une dizaine d’années, ne cesse de croître.

LA MAISON ET LE JARDIN, LEURS PROBLÈMES
Depuis la dernière guerre mondiale, les mœurs ont subi des changements considérables; il s’agit en fait d’un véritable bouleversement. L’habitat, le mode de vie, les exigences individuelles sont totalement différents. Le désir de posséder un foyer, et, par là, d’avoir une vie d’intérieur, est devenu très vif; le goût des voyages, de la vie en plein air se développe. La civilisation mécanique engendre la nostalgie de l’espace libre, de la nature.
La promiscuité, constante dans les grands ensembles, la concentration souvent énorme de la population urbaine, tout cela éveille le désir d’un intérieur confortable et reposant. Les sommes consacrées au foyer, au confort, à la décoration sont infiniment plus élevées qu’autrefois. Il est naturel que les jardins soient pris dans cette évolution.
La conception de la maison et de la vie familiale s’est considérablement modifiée. On vit beaucoup plus chez soi; au souci de l’apparat et des pièces de réception succède la volonté de jouir d’une vie agréable, dans un cadre à la fois pratique et attrayant.

LES LOISIRS
Tous ces changements dans le domaine des moyens matériels, dans le style de vie s’accompagnent d’un phénomène nouveau : l’apparition des loisirs, qui, depuis la promulgation des nouvelles lois sociales des 35 heures , ne sont plus l’apanage exclusif d’une minorité privilégiée.
Le problème des loisirs doit être résolu de façon collective; mais il peut recevoir également, et c’est le cas avec les jardins, une solution à l’échelle individuelle. Du reste, une fois conquis les loisirs, la question se pose : comment occuper ces loisirs? La tension nerveuse, qui est à présent le lot de tous, rend nécessaire un week-end consacré tout entier à la détente et au repos. Il s’agit d’ailleurs, de reposer les nerfs, plutôt que le corps.

JARDINAGE ET LOISIRS
Le jardinage jouit à cet égard d’une renommée légendaire. Il est lié aux rythmes lents de la nature, il exige patience et attention, et, par là, il est tout à l’opposé de l’affairement qui caractérise la plupart de nos occupations. De plus, il a l’avantage de s’effectuer en plein air.
Certes, mal compris et mal organisé, il peut être épuisant et décevant. Épuisant, si on ne dispose pas d’un matériel approprié, ou si l’on s’attelle à des tâches irréalisables; décevant, si les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts entrepris…
Le jardinier amateur doit pouvoir savourer les fruits de son travail; sinon son plaisir devient vite un esclavage. Il faut reconnaître qu’ici trop de débutants pèchent par ambition.
Si le jardinage peut résoudre, en partie, le problème des loisirs, il n’est cependant pas une fin en soi.

LA VIE AU JARDIN
Son but est, avant tout, de permettre de vivre au jardin. Ce désir, lui aussi, est nou¬veau.
Au siècle dernier, la vie au jardin se résume tout entière dans quelques brefs épisodes : la maîtresse de maison, accompagnée du jardinier, fait la cueillette des fleurs pour le bouquet; on prend le thé sous la tonnelle, on fait une petite promenade avec une ombrelle, ou, plus rarement, on entreprend une partie d’escarpolette, de croquet, de canotage.
Mettons de côté les fêtes, occasion pour tous d’envahir les pelouses et les par¬terres… Le reste de la vie se déroule à l’intérieur : on prend les repas dans la salle à manger, on fait la sieste dans sa chambre, quant à la soirée, elle se passe au salon.

LA VIE DE PLEIN AIR, UNE RÉVOLUTION
La vie en plein air n’existe guère avant le 20e siècle, auparavant, les villes sont petites, et ignorent encore la pollution de l’air; on peut facilement aller à la campagne. Quant aux voyages, ils sont longs, difficiles, coûteux, et on se contente d’en rêver.
La mode ancienne reflète bien ce dédain prononcé pour la vie de plein air. Il n’est guère question de goûter les joies de la nature avec des bottes, un chapeau haut de forme, un faux col ou un corset. Les exigences de la vie mondaine, guindée et cérémonieuse, s’opposent d’ailleurs à tout laisser-aller. Malgré Rousseau, Voltaire et l’abbé Delille, les travaux de jardinage sont longtemps considérés comme des occupations méprisables, réservées exclusivement au bas peuple. Ceux qui pratiquent le jardinage et goûtent l’exercice et la vie en plein air passent pour des originaux atteints d’anglomanie.
Il est à peine besoin de dire que tout cela a bien changé.

LE JARDIN ET LA MAISON
Pendant longtemps, le jardin est considéré comme un élément extérieur à la maison, qu’on regarde à travers les vitres, les gui¬pures et les grilles, et qui reste le domaine exclusif du jardinier. De nos jours, on conçoit plutôt le jardin comme une pièce supplémentaire, immense, qui a le ciel pour plafond… On veut en faire une création personnelle, originale, on veut y vivre par tous les temps, y jouir du soleil, et pour cela on l’équipe : on installe des grils pour y cuisiner, des loggias pour y séjourner quand le temps est incertain, des dallages, des pelouses et des plantations à la fois agréables et faciles à entretenir.
Il faut de nos jours un temps réellement mauvais pour décourager les jardiniers; pendant les journées d’hiver, les baies et les ouvertures des maisons rendent le jardin malgré tout présent et vivant.
Le jardin moderne est à la fois beau et reposant; c’est une salle à manger, un salon, un terrain de jeu, un solarium, en tout cas un lieu de détente et d’exercice. Il veut satisfaire aux besoins de la vie quotidienne, aux exigences de la vie de société.

LA FONCTION ARCHITECTURALE DU JARDIN
Mais il garde au moins un trait commun avec le jardin traditionnel : sa fonction architecturale. Là cependant s’arrête la ressemblance. Dans le monde occidental, le jardin ne servait jusqu’ici qu’à présenter la maison, qu’à faire ressortir une certaine architecture, simple ou théâtrale (selon la richesse de son propriétaire) mais toujours close sur elle-même. L’ordonnance des fenêtres, des portes et des grilles contribuait d’ailleurs à faire de la maison d’autrefois un ensemble coupé du paysage, même si elle semblait parfois s’y intégrer en lui empruntant ses matériaux ou en s’adaptant à ses conditions climatiques.
Généralement, ces conditions ne sont pour rien dans la composition et l’agencement des grandes réalisations architecturales. Un château féodal, Versailles ou le Petit Tria¬non, ne s’expliquent pas par le climat, mais par des exigences militaires ou mondaines.
Si la maison est coupée du jardin, le jardin, lui, est séparé de la maison par une esplanade ou une terrasse. Il forme simplement une trouée, superbe, et presque héroïque, dans le paysage. C’est son dessin qui le rend beau et harmonieux; il ne se rattache au paysage environnant que par les plantations, qui lui donnent quelque apparence naturelle.

LA MAISON MODERNE ET LE PAYSAGE
De nos jours, la maison est liée au paysage, comme dans les pays islamiques. Elle n’est plus constituée de grandes masses régulières, (cubes, parallélépipèdes), mais forme un volume plus complexe, qui s’intègre par des avancées, des saillies et des creux à l’espace environnant. Les patios, les loggias, les auvents, les murs brise-vent sont autant d’éléments de liaison. Avec les terrasses dallées placées devant les ouvertures, la frontière entre le dehors et le dedans devient toujours plus imprécise.
La maison moderne est claire et aérée, comme jamais elle ne l’a été dans le monde occidental. On supprime des pans de murs entiers, pour les remplacer par des glaces et des vitres. Il faut également noter, en ce qui concerne les grandes baies, la disparition des allèges. La partie transparente règne du sol au plafond et ménage ainsi un espace vide très grand, qui fait du paysage le décor même de l’habitation.
Il découle de ces diverses transformations que le jardin est maintenant étroitement lié à l’architecture, et ne forme plus un espace clos et séparé.

LES ZONES RÉSIDENTIELLES
Mais le jardin moderne modifie également la physionomie de vastes étendues, presque comparables à des provinces. Cela est absolument nouveau. On peut voir par exemple, en Hollande, de La Haye à Amsterdam, sur des dizaines de kilomètres, des maisons individuelles, dont chacune possède un jardin. Le même phénomène se rencontre en Allemagne, dans la banlieue de Hambourg, et dans tous les lieux de villégiature.
L’interdiction de bâtir de grands immeubles, pour protéger le paysage, est en fait l’une des causes de l’extension indéfinie des zones résidentielles. C’est là remplacer un mal par un autre, peut-être plus grave. Les immeubles, s’ils sont énormes et très voyants, ont au moins le mérite de n’occuper qu’une surface relativement restreinte; les maisons individuelles, elles, couvrent avec leurs jardinets des sites entiers. C’est le cas notamment des « zones protégées » de la Côte d’Azur et de la Californie. Chaque mai¬son n’a en général le droit d’occuper que dix pour cent de la surface de son lot de terrain. Mais quand cela se répète sur 20 ou 30 km de côte et sur des collines tout entières, on voit le problème que posent ces jardins; c’est une prolifération qui n’a rien d’inoffensif.

LA TRANSFORMATION DU PAYSAGE
Les zones résidentielles avec jardins modifient le paysage : elles l’améliorent ou le détruisent; en tout cas elles le transforment profondément. Même si on essaie de conserver le maximum d’essences autochtones, il est impossible d’empêcher les propriétaires des villas de planter et d’acclimater des espèces horticoles hybrides ou des plantes exotiques. L’introduction des mimosas, des palmiers et des eucalyptus a bouleversé le paysage de la Côte d’Azur; celle des cyprès, des oliviers, des pins parasols et des figuiers a complètement transformé l’aspect des rivages californiens, qui ne connaissaient que les palmiers, les pins forestiers et quelques essences voisines des chênes verts.
Souvent les espèces introduites se révèlent subspontanées, c’est-à-dire capables de se reproduire et de se multiplier par elles-mêmes. On assiste alors à une véritable invasion.

LA PROTECTION DU PAYSAGE
Les autorités se sont préoccupées de ce problème, et de nouveaux règlements, encore très timides, exigent la conservation, dans la mesure du possible, des espèces autochtones; ils fixent en des termes assez vagues, les normes et les règles du futur jardin.
On notera qu’un problème très analogue s’est posé pour les constructions modernes : on exige des teintes blanches pour toutes les façades, mais on oublie de préciser quelles teintes doivent être employées pour les loggias. Les préférences des constructeurs et des habitants ne vont malheureusement pas dans le sens de la plus grande sobriété.
Il est inquiétant de voir sur le littoral méditerranéen les pins, les oliviers, les caroubiers et les cyprès (espèces parfaitement accordées au paysage et à son ambiance) céder complètement la place aux cyprès de Lambert, aux filaos, et aux palmiers. On rompt ainsi peu à peu l’équilibre du paysage; les contrastes des formes et des couleurs ne sont plus aussi nettement marqués, et l’ensemble formé par les cyprès, noirs et aigus, et les oliviers, frémissants et argentés, se. trouve peu à peu détruit. C’est là un problème important, qui a été assez souligné, malgré les exemples trop fameux de la Côte d’Azur, de la Californie, d’Ohahu et de la zone d’Honolulu, ou de la Floride dans ses zones urbanisées.
Le jardinage, cette activité apparemment inessentielle, a ainsi reçu le pouvoir, à l’époque moderne, de modifier, ou même de détruire la physionomie d’un paysage.

LA SURFACE DES JARDINS
Deux problèmes se posent invariablement pour chaque jardin : celui de la forme, et celui de l’étendue. Ces problèmes sont très anciens, ils ont toujours été posés dans des termes semblables, et ils ont toujours reçu des solutions semblables.
La forme tout d’abord. A chaque maison correspond un style défini de jardin. On ne peut pas éluder la question du style. Même libre, un jardin appartient au courant paysager; même très moderne, il comporte un certain dessin.
L’étendue, ensuite. Il s’agit d’équilibrer le volume de la maison et l’étendue du jar¬din, afin d’obtenir un ensemble proportionné. Rien n’est plus laid qu’une petite maison perdue dans un parc, ou un château enfermé dans un jardinet écrasé par ses façades…

LES GRANDS JARDINS
On peut être amené à avoir un grand jardin pour deux raisons : le terrain est vaste, la maison est grande. La première raison, bien sûr, est absurde. Si votre maison est petite, et votre terrain très étendu, ce n’est pas une raison pour planter un parc; ce qu’il faut faire, c’est réorganiser la surface de ce terrain en fonction de la taille de votre maison. Pour cela, il y a deux solutions : la prairie, et le bois.
La prairie exige le pacage; sinon, il faut faire faucher régulièrement. A la campagne, il est facile de passer un accord avec un paysan, et de lui louer le droit de laisser paître sur la prairie. Dans une zone urbanisée, ou dans une région où il n’existe pas de prairie à l’état naturel, le problème est un peu différent; on doit boiser la partie excédentaire.

Un jardin dont l’étendue est supérieure à dix fois celle de la maison au sol est suffisant. Une étendue trop grande amène aisément des fautes d’esthétique; dans tous les cas, elle est inutile pour la vie de la maison.

LES PETITS JARDINS
Leur cas est bien différent. Le problème de l’entretien est bien moindre. Un jardin commence à être petit quand son étendue est inférieure à dix fois la surface de la maison au sol. Cela est relativement fréquent. Il faut alors tricher, augmenter l’impression d’espace par des artifices de plantation, qui ménagent une transition entre les points les plus bas (la pelouse) et les plus hauts (les cimes des arbres), estompent les limites et transforment les lieux en une série de clairières aux orées harmonieuses et fuyantes.
Le jardin moyen est celui qui représente dix à quinze fois la surface au sol de la maison. Il permet à la fois un boisement partiel, et une implantation suffisante du jardin.

LE JARDIN DE LA FRANCE CLASSIQUE
Il est difficile de définir avec précision ce que signifie la France classique.
Le Bassin parisien en donne quelque idée. Son climat, assez tempéré, remonte un peu au nord de Paris, où il se heurte aux rigueurs, presque nordiques, du climat picard. A l’ouest, cette zone moyenne englobe la Normandie; mais le Cotentin, au climat maritime, lui échappe, ainsi que la Bretagne, l’Anjou et la Vendée, qui appartiennent à des régions douces. Vers le sud, elle est limitée par l’Auvergne : à 400 m d’altitude, c’est déjà la cote d’alerte; plus haut, on trouve le Massif central.
La région lyonnaise, le couloir de la Saône et du Rhône peuvent lui être rattachés. Le Sud commence aux alentours de Valence, mais la présence des Alpes modifie les données climatiques.
Le plateau de Langres assure le passage vers l’est, vers les pays lorrain, vosgien et alsacien, qu’il faut, du point de vue botanique, rattacher à la zone Nord, et qui ont des climats continentaux.
Cette zone, aux frontières mouvantes et souvent imprécises, est donc immense. Elle comprend les deux plus grandes villes de France, Paris et Lyon. Mais son climat est loin d’être uniforme.

LES MICROCLIMATS
Une colline, une vallée, une forêt, une zone sablonneuse déterminent des variations très importantes dans n’importe quel climat, qu’il s’agisse d’un climat tempéré ou d’un climat plus méridional.
Les paysans savent bien que tel endroit est chaud, protégé des gelées tardives, abrité des vents froids, tandis que tel autre est froid en toutes saisons : zone d’ombre, peut-être, ou zone qui reçoit les vents froids par un vallon servant en l’occurrence de couloir.
Dans les climats à gelées faibles, ces nuances sont capitales. On peut voir sur la bande côtière, dans le comté de Nice, un vallon couvert de gelée blanche, tandis que les courbes proches du sommet de la colline sont chaudes et dégagées. Telle plante fragile, comme le ficus, prospère au pied d’une falaise, et est détruite par le froid à l’altitude de 200 m, là où passe un courant d’air qui vient de l’intérieur des terres.
C’est pour cela que l’on doit toujours interroger les gens du pays : ils s’y connais¬sent… Il est facile de cerner le problème en posant des questions très simples comme, par exemple : « Cette mare gèle-t-elle chaque hiver? Peut-on y marcher? Y a-t-il des violettes en hiver? Les pêches mûrissent-elles? Quelles sont les plantes qui ont été tuées lors du dernier hiver très rigoureux? Le pâturage est-il vert au mois d’août? Le ruisseau est-il toujours en eau? » On peut ainsi s’informer amplement sur le climat d’une région déterminée.

L’ASPECT ESTHÉTIQUE DU JARDIN MODERNE
Il est commandé par le souci de l’harmonie avec l’architecture, et par les problèmes d’entretien.
Par ses contours, ordonnés avec rigueur, par le jeu dégradé et savant des feuillages et des fleurs, il apporte vie et mouvement aux façades nettes et sévères des constructions modernes; il joue le rôle que jouaient naguère les éléments décoratifs (bandeaux, corniches, niches, sculptures, menuiseries ouvragées, fer forgé…) qui ont disparu de nos jours.
Le mouvement du jardin suit les lignes de la maison, se creuse devant les façades, reflue vers les angles, multipliant les échappées, les ouvertures, les jeux avec l’espace.

LE JARDIN DE LA ZONE NORD
D’un point de vue purement esthétique, ce jardin ne présente guère de différences avec celui de la zone dite classique.
Cependant, les plantes employées dans les plates-bandes, les fourrés et les bosquets sont différentes. Deux conclusions se dégagent : le jardin est très fleuri; comme dans la zone classique, on emploie beaucoup les fleurs vivaces et les fleurs annuelles, puisque la sècheresse n’est pas à craindre.
Mais l’emploi des espèces à feuillage persistant (arbres ou arbustes) reste assez limité, dès que l’on quitte la famille des résineux.
Les pelouses sont nombreuses dans la zone nord; elles viennent adoucir la rigueur (très relative) de la plantation.
Il faut également mentionner l’abri de jardin, bâti en maçonnerie, et ouvert sur une seule face; il est orienté, si possible, vers le sud, ou en tout cas à l’écart des vents dominants.
Ici, les dallages de plein vent constituent une nécessité absolue : ils forment des allées, assurent un passage commode et permettent la station en plein air sur un sol sec; il n’est guère possible, en effet, de rester longtemps sans bouger sur une pelouse, la plupart du temps humide.

LE JARDIN DU MIDI
C’est le plus typé des jardins français; il se développe sous un climat très particulier, avec une végétation originale. Il ne craint pas tant la sècheresse que l’ardeur du soleil, et, surtout, le vent.
On élève une barrière périphérique, pour protéger des vents (l’autan, le mistral, le vent d’est); cette barrière doit être efficace, sans cependant donner l’impression de resserrer et d’enfermer l’espace dans des limites trop définies.
Les arbres sont ici plus nombreux que dans les autres régions, et cela pour deux raisons essentielles : l’espace ne doit pas être tout entier exposé au soleil à cause de la chaleur et, de plus, les plantations basses (tapis, plates-bandes, pelouses) ont besoin d’un léger ombrage. Si cet ombrage est insuffisant, les plates-bandes restent chétives, le gazon nécessite un entretien constant et coûteux.
Les fleurs vivaces sont peu employées, car elles souffrent des étés souvent longs, chauds et secs. La présence d’arbustes de toutes tailles, l’emploi d’espèces à feuillage persistant donnent à ces jardins un aspect éclatant, immuable et serein.

LE JARDIN DE LA ZONE ATLANTIQUE
La zone atlantique se divise en deux parties; l’une va du Cotentin au Marais poitevin, et a un climat humide et doux, avec une luminosité très tamisée; la seconde va des îles charentaises à la frontière espagnole. Les pluies y sont assez mal réparties, les hivers très doux, l’été lumineux et généralement sec. Dans le choix des espèces, il faut tenir compte de toutes ces particularités.
L’aspect des jardins est très semblable dans les deux zones; les espèces à feuillage persistant (résineux ou feuillus) sont les plus répandues; mais on rencontre également une des plus fortes proportions d’espèces exotiques qui existent dans les jardins français. C’est là peut-être un fait qu’on peut déplorer, mais qui pourrait résister à la séduction des magnolias, des cryptomérias, des fuchsias et des hydrangéas?
L’ensemble est assez fleuri; mais les arbrisseaux et les arbustes occupent une place prépondérante; on les choisit tous pour leur grande beauté.
Dans la zone nord, la pelouse est dessinée de manière très ample; dans la zone sud, elle est légèrement rétrécie; quelques arbres l’ombragent délicatement, et la protègent pendant l’été et l’automne (généralement sec et ensoleillé).
Il est facile d’acclimater ici les espèces orientales; les sols, granitiques ou sablonneux, permettent également un emploi abondant des espèces dites de terre de bruyère.

LES JARDINS DES VILLES
Les villes n’échappent pas non plus aux conditions climatiques; mais celles-ci se font ici plus clémentes. Les écarts de température sont généralement réduits : trois degrés de gain en moyenne à Paris. Les vents, sur¬tout les vents hivernaux, sont coupés, ce qui ne signifie pas, bien au contraire, que les courants d’air disparaissent.
Il existe à Paris de gros figuiers, des chênes verts, des lauriers-tins.
Mais il y a aussi des éléments défavorables; la plupart du temps, le sol ne vaut pas grand-chose; il est couvert, depuis des siècles, par des gravats, des décombres, sur au moins un mètre. On doit sans cesse l’améliorer et le remplacer.
Les bâtiments élevés encadrent des goulet étroits et forment des courants d’air, semblables à ceux que l’on trouve dans les gorges et dans les défilés.
Les jardins sont souvent plongés continuellement dans l’ombre, ou complètement desséchés par l’environnement minéral qui provoque une grande évaporation.
Enfin, et c’est là le point le plus préoccupant, la pollution de l’air empêche la croissance de certaines espèces. Le choix des variétés est assez réduit, et on doit renoncer à cultiver certaines plantes très sensibles.
Il est assez difficile d’évaluer le taux de pollution de l’air. Généralement, après l’hiver, l’inspection d’un arbuste à feuillage persistant est assez révélatrice : si l’arbuste est couvert de suie au point que l’on ne discerne presque plus son feuillage, on se trouve vrai¬ment dans une zone critique.

LE JARDIN DU BORD DE MER
Les côtes françaises connaissent des climats très variés. De la frontière belge aux falaises du pays de Caux, la végétation est celle du jardin du Nord. Jusqu’au Cotentin, la côte normande jouit d’un climat assez semblable à celui de la France classique, plus humide cependant; et les gelées y sont moins sévères.
Du Cotentin au Marais poitevin, nous retrouvons le régime atlantique, humide; et jusqu’à la frontière espagnole, c’est le régime atlantique sec qui prévaut.
Sur le littoral méditerranéen, interviennent des facteurs géographiques. De Cerbère à Toulon, on trouve des côtes rocheuses et des lagunes. Les premières sont sèches, et relativement abritées des vents venant de l’intérieur des terres. Les secondes sont sablonneuses, souvent marécageuses, et bat¬tues par tous les vents.
De Toulon à l’Esterel, la côte est rocheuse, et le climat assez doux. Ce climat persiste jusqu’à Nice, et devient entre Nice et Menton franchement subtropical.
La Corse a deux types de côtes : la côte Ouest, rocheuse et granitique, avec une enclave calcaire au Sud; la côte Est, basse et couverte de lagunes.
Toutes ces particularités influent naturellement sur la végétation, qui est partout soumise aux vents, aux embruns et à,une considérable dessication. Le problème est ici de lutter contre ces conditions climatiques et géographiques, parfois défavorables.

LES JARDINS DE MONTAGNE
Il existe en France deux types de montagnes : des reliefs froids et humides, et des reliefs chauds et secs. L’orientation des massifs et la nature du sol ménagent entre ces deux types des transitions infinies.
Les habitations sont groupées sur les pentes ensoleillées, les adrets, ou dans les vallées. Les ubacs, c’est-à-dire les pentes à l’ombre, sont inhabités. Tous les jardins de montagne sont en pente; on mettra de côté les jardins situés dans les vallées. Les uns se rattachent au type « Nord »; ce sont ceux situés entre 400 et 1 000 m d’altitude; les autres, situés plus bas, se rattachent au type de la plaine la plus proche.
En zone humide et froide, la pente peut être cultivée telle quelle, si elle n’est pas trop escarpée. En zone sèche, elle doit être rectifiée, soutenue par des murettes. C’est ainsi que les Cévennes, les Pyrénées orientales, les Alpes du Sud et les montagnes corses sont couvertes d’un vaste système de gradins, de terrasses, de « restanques » qui retiennent les sols.
Le jardin des montagnes froides est austère en hiver, fleuri en été. Le jardin des montagnes au climat plus doux est très garni pendant toute l’année, mais également moins fleuri. Il se couvre de fleurs au printemps et en automne, plutôt qu’en été.
Le jardin des montagnes côtières de la Méditerranée se rattache au type « Midi ».

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